Pendant les travaux, attention aux murs porteurs !!!

Quel dirigeant ne s’est pas réveillé avec l’envie tenace de tout changer dans son entreprise : une rencontre, une prise de conscience, des chiffres décevants, vous êtes prêts à lancer le Grand Big Bang !!!

Je reviendrai une autre fois sur ce type de projet, mais aujourd’hui je voudrais attirer votre attention sur un aspect qui vous apparaît peut-être marginal, mais qui de mon point de vue relève de l’efficacité de votre démarche : les rituels de l’entreprise.

S’agit-il de magie, de rites vaudou, de sorcellerie ? A vous de voir, mais plus concrètement ce sont tous ces moments, formalisés ou non, que l’entreprise a accumulés au fil des ans et qui se répètent régulièrement : pots de départ, challenges, tournois sportifs, sortie annuelle, visite de la famille, convention nationale. Il est souvent tentant de tailler à la serpe dans ce qui apparaît comme une perte de temps, des activités douteuses et des scories budgétaires.

Investiguez donc ces moments de rassemblement pour comprendre ce qu’ils représentent, ce qu’ils viennent fêter, et ce qui se joue vraiment.

J’échangeais il y a quelques semaines avec le directeur financier d’un groupe en pleine expansion qui me disait : mon patron ne vient plus aux pots de départ du siège, il trouve que c’est une perte de temps, et qu’en plus çà lui pèse sur les nerfs de sourire à quelqu’un qui a décidé de quitter le navire. Il rajoutait : l’ambiance de ses pots ont changé, auparavant sa prise de parole était une digue contre la tentation des participants d’imiter le démissionnaire, maintenant, c’est celui qui part qui fait le discours ….Analyse pertinente. Ces pots servent d’abord ceux qui restent bien plus que celui qui s’en va.

Même chose pour ces moments collectifs en équipe qui sont aujourd’hui impitoyablement chassés au profit de la cérémonie corporate annelle que l’on maîtrise davantage. Ce sont des moments de management privilégiés pour ceux qui les organise, l’occasion de les inscrire comme délégataires de votre pouvoir, et de permettre bien souvent la digestion des changements en cours. En effet, la parole y est plus libre, la hiérarchie moins pesante et les clarifications individuelles ou collectives plus efficaces.

Ce sont également des moments où le deuil se fait plus facilement : parler des temps passés, c’est moins les glorifier que prononcer leur oraison, mieux les enterrer, et surtout bien (ou mieux) le vivre.

Voilà pourquoi je parle de murs porteurs concernant ces rituels : ils ont l’air dépassés, inutiles, alors qu’ils portent la transmission de plusieurs dimensions importantes de l’entreprise, son histoire, ses valeurs, ses lieux importants, la circulation des personnes et les liens bâtis : ils tiennent la maison !

Pour leurs participants, il s’agit également de réciter une partition commune, de sentir ce collectif, le transmettre aux générations montantes. Quand ils existent utilisez les plutôt comme des alliés de vos évolutions. Vous montrerez votre bonne compréhension de l’entreprise, vos messages passeront d’autant mieux, et recevrez le même respect que vous démontrez.

Prenez l’exemple de cet opérateur industriel qui évoluait dans l’automobile et qui rassemblait tous les ans ses fournisseurs pour une convention d’échanges autour des projets de l’entreprise et de bons plats. Lors d’un premier LBO, le directeur opérationnel a cru bon mettre fin à des pratiques d’un autre âge, …jusqu’à ce que son successeur comprenne que cette réunion montrait concrètement les liens qui existaient entre les individus au-delà des structures, et permettaient des échanges qui sécurisaient et amélioraient les projets présentés !

Les meilleures évolutions se mettent rarement en place de manière frontale, et le talent d’un manager est  sans doute de canaliser et de de valoriser au mieux les énergies disponibles, pas de les mobiliser sur des sujets qui ont plus à voir avec l’ego qu’avec le projet….

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